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SNCF : LE PRIX DU BILLET

Publié le 2019 M04 23 17:25

Vous aimez les moments impromptus, les découvertes contemplatives, l’inattendu ? Ce qui va suivre va vous plaire.

Il y a 15 jours environ, un dimanche de la fin mars en somme, je décide de rentrer en train chez moi. Pas le voyage du siècle mais juste un bref Pouxeux-Epinal. Profiter du temps pour un peu de lecture, ou juste regarder passer les vaches. Mais voilà, la gare de Pouxeux est si petite que la SNCF n’a pas jugé bon d’y mettre un moyen de vente de billets. Ainsi, je monte fort logiquement dans le train, arrivé à l’heure (voire même un chouïa en avance), sans titre de transport. Pas grave, et pas le choix, me dis-je puisque je l’achèterai au contrôleur...

Hélas, je vais apprendre, de la bouche du représentant à casquette, de la société nationale, que les règles avaient changé. Mais un changement radical comme il n'en existe que dans les sociétés modernes et libérées. En effet, le contrôleur m’explique que, depuis quelques jours, la SNCF a inversé la règle, trop ancienne et probablement totalement archaïque, l'obligeant à mettre à disposition des voyageurs un moyen d’acheter un titre de transport. Le charmant monsieur tente de traduire, en fin de compte, qu’il est désormais de ma responsabilité d’avoir mon billet lorsque je monte à bord. Sans quoi je me vois réclamer un prix au kilomètre assez ahurissant. Je suis puni.

Ben oui. La nouvelle organisation dans la SNCF, qui se veut « équitable et plus juste » (discours officiel attesté et relayé par mon interlocuteur présentement présent, lui, en chair et en os) me dit qu’un nouveau système d’achat numérique est désormais disponible. Sympa et amusant le nouveau système.

Partout et tout le temps, pas comme avec ces agents qui peuvent faire grève pour réclamer des droits ou qui blablatent avec des clients perdus dans les dédales tarifaires. Ou tout simplement qui se croient utiles pour renseigner... Non, non, non. Ce n’est pas juste et équitable ça.

Mais alors un effroi me prend soudain. Si je n’ai pas de réseau, pas le bon abonnement téléphonique qui va bien, plus de batterie ou pire du pire, pas de portable ?? Que se passe-t-il ?? Un système aussi fragile qui se veut juste et équitable veut surtout dire qu’il est souhaitable de ne plus venir faire chier dans le train pour payer mon billet. Ou alors au prix très équitablement très, très élevé. D'ailleurs, si j'ai bien compris, il faut que je paye pour payer, C'est à dire qu'il est obligatoire que je paye un portable et un abonnement internet pour acheter mon billet... Incroyable.

Il parait que le train est le moyen de transport le plus écologique qui soit ? Il parait que les routes sont engorgées et coûteuses ? Il parait que le pétrole ça craint ?

Bref, revenons à des questions plus utiles. Le blé !

Avec une carte presto, je paye le billet à moins 70% de réduction le week-end. Le ticket entre Pouxeux et Epinal plafonne péniblement à 1 euros environ. Et bien la réforme de la SNCF fixe désormais le tarif à 4 euros acheté dans le train. 400% d'augmentation. Même Carlos GOHSN n'aurait probablement pas osé. Ou en tous cas pas au grand jour. 3 euros ce n'est pas non plus la ruine vous me direz, mais bon, plus le parcours augmente et plus la facture s'alourdit.

Le contrôleur poursuit, au risque de faire de lui un bien mauvais communiquant, en me donnant un exemple du trajet NANCY-METZ. Donné au tarif de base à 11,70 euros en gare (aller simple), il nous en coûtera désormais 23 euros environ dans le train. Voila qui est juste et équitable. Là on est à 200% d'augmentation. Petit bras la SNCF ?

Mais dans sa grande mansuétude, la SNCF a décidé « de différer » une application complète de ces nouvelles règles qu'elle juge peut-être, elle-même, un peu brutale. Mais surtout pour absorber la contestation. Il est génialement possible de demander la remboursement d'une partie du billet acheté au prix fort. Quelle générosité ! La manière d'y parvenir n'est pas évidente mais bon, faut pas pousser. On peut le faire. Courriers, justificatifs, appels téléphoniques, déplacements en gare... Faut être motivé quoi.

Ce contrôleur, que je commence à trouver un brin fatigué ne s'arrête pas là. Il reconnaît bien volontiers, en fait, qu'il ne comprend pas la logique de la SNCF mais se dit obligé d'appliquer. Il confie que ces mesures ont provoqué une hausse fulgurante des agressions des personnels « à bord » et des amendes. Sans déconner ?!

Ces dernières sont, elles aussi, totalement libérées et décomplexées puisque les tarifs atteignent des sommets. Mettent des gens en grande difficulté, mais les idéologues de ces réformes scélérates diront sans aucun doute qu'elles l'ont bien mérité.

ll y a peu il en coûtait le même prix dans le train. Le service public qui se dit moderne à un prix. Celui de l’intérêt privé qui rogne, de marges en marges, l'intérêt et le bien commun et finit par tout engloutir. Les petites lignes non « rentables », qui sont pléthores dans notre petit département par exemple. Pour donner la part belle à « TGV » qui s’est débarrassé de son article défini pour faire de lui une marque.

Conduire des gens au travail ou vers leur famille c'est pas glamour et trop couteux c'est une évidence.

Le bilan est lourd. Tarifs, agressions, complexité, disparition de lignes... Tout est en hausse à l'exact inverse du nombre de trains et de personnels surtout sur les petites lignes. C'est ça le capitalisme : toujours plus pour les uns et pour toujours moins pour les autres.

Comble de l'absurde et de l'instrumentalisation, le contrôleur devient maintenant porte parole !! Lorsqu'il me sort un petit livret siglé par la compagnie nationale. Une bible et son catéchisme qu'il faut répéter en cas de soucis. A l'intérieur, tout un argumentaire préparé pour convaincre le chaland récalcitrant. A chaque situation, chaque question, une réponse. Un discours ignoble et totalement décalé qui propose en fait d'affirmer tout à fait le contraire de la réalité. Exactement le genre de discours qui rend fou.

Mon interlocuteur se demande, dans une conclusion assez éclairée, si tout n'est pas fait pour dégoutter les gens de prendre le train ?