Culture

LES MOTS ... OU LES MAUX ?

Publié le 2018 M12 7 15:59

Les mots sont un pouvoir. Ceux que l’on utilise ne sont pas anodins. La lutte des classes est partout, et elle se niche aussi dans les mots que syndicalistes et patrons utilisent. Exemple, le mot ouvrier a été remplacé par OPÉRATEUR, ou AGENT DE PRODUCTION, dans beaucoup de textes, conventions collectives, fiches de paie, etc. Et cela s’est fait lors de la période où le mouvement syndical, le mouvement ouvrier comme on disait dans le temps, a perdu de nombreuses batailles : sidérurgie, chantiers navals, mines, dockers, métallurgie, etc.

Bref, tous les bastions qui ont été à la pointe des luttes depuis 1936 et qui ont imposé aux patrons et à l’Etat les « conquis sociaux » que nous tentons de défendre depuis plusieurs décennies. C’est pour faire oublier ce passé chargé de luttes victorieuses, chargé d’une grande fierté dans le monde ouvrier et qui lui donnait de la force, que le mot ouvrier a quasiment disparu. Radio, télé, journaux : il est très rare que le mot ouvrier soit utilisé par les journalistes, les responsables politiques, etc.

Des études ont été réalisées sur l’évolution des mots utilisés par les organisations syndicales. On ne peut pas dire que cela va dans le bon sens … pour le monde du travail. Mais c’est à nous-mêmes que nous devons nous en prendre. Prenons un exemple : « dialogue social ».

Cette expression est désormais utilisée par de très nombreux syndicalistes, responsables d’organisations, militants, adhérents, élus du personnel. Cette expression est la langue du « management », du patron, qui gomme le conflit d’intérêts. Avant cela, pour dire ce que certains syndicalistes sincères entendent aujourd’hui par dialogue social, on disait : CONFLIT ET NÉGOCIATION.

Le mot négociation n’allait pas sans celui de conflit, qui était le préalable à la négociatation. D’abord la lutte, le conflit, et ensuite la négociation qui mettait fin, temporairement à la lutte. En quelque sorte : « à la prochaine ! ». Car c’est le conflit qui impose la négociation, c’est la lutte qui impose son calendrier, pas le patron.

Dialogue social, dialoguer, c’est un exercice où a priori il n’y a pas de conflit, pas d’enjeu d’intérêts opposés, et où la discussion entre gens de bonne compagnie est programmée … en général par les patrons.

Alors, tout comme nous faisons la chasse à l’utilisation de l’expression « charges sociales » (au lieu de cotisations sociales) ou « taxes » (au lieu d’impôt), il faut déclarer la chasse ouverte à toute utilisation de « dialogue social ». Si vous entendez un syndicaliste l’utiliser, rembarrez-le et mettez-le à l’amende : 10 balles dans la caisse du syndicat. Y en a qui vont vite comprendre ... 

Cessons donc de nous faire manger le cerveau par nos exploiteurs. Donc n’oublions surtout pas de batailler contre nos patrons pour que tout texte proposé à signature, à information, à consultation, ne mentionne plus cette expression patronale que nous devons bannir à jamais. Banissons cette expression de nos tracts, pétitions, etc. 

À bas le dialogue social ! Vive le conflit et la négociation !