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JEUNESSE ET CULTURES : QUAND LE MéCéNAT SE PENCHE SUR LES QUARTIERS

Publié le 2018 M10 12 16:35

Voici une association bien connue sur Epinal, où des éducateurs travaillent sur plusieurs quartiers de la ville (Plateau de la Justice, Bitola, La Vierge, Magdeleine) mais aussi sur Charmes et Thaon-les-Vosges. Aussi, d’autres actions se sont créées en parallèle et en complément de l’action de prévention spécialisée : le programme de réussite éducative dans les collèges spinaliens, les chantiers éducatifs « rivières » sur l’ensemble du département et le service de médiation culturelle. Elle existe depuis 1992 et son financement provient essentiellement du conseil départemental au titre de l’aide sociale à l’enfance, les communes concernées par l’intervention de l’association (Epinal, Charmes et Thaon-les-Vosges). Elle est actuellement présidée par le député Stéphane Viry.

Ses salariés mènent des actions éducatives sur les quartiers populaires auprès d’un public qui va d’adolescents à de jeunes adultes. Les principes de travail sont ceux de la libre adhésion et de l’anonymat, ce dernier étant de plus en plus mis à mal par les pouvoirs publics depuis plusieurs années.

Comme toute association, elle subit la dictature financière des appels à projets. Ce mode de financement existait déjà auparavant mais c’était les travailleurs de terrain en lien avec les jeunes et les familles qui se trouvaient à l’origine de projets ponctuels. Aujourd’hui, c’est la direction qui se positionne sur un nombre de plus en plus important d’appels à projets puis envoie ensuite les salariés assumer les actions décidées « au dessus ».

Que se cache-t-il donc derrière ce changement de fonctionnement ? Tout d’abord, c’est une fragilisation de nos postes de travail car cela induit des financements ponctuels, à l’action. C’est la mise en place dans un certain nombre de ces projets à une forme de partenariat public-privé par le biais du mécénat, modèle qui profite à des grands groupes capitalistes qui s’achètent une image de bienveillance en finançant des associations pour des projets qu’elles mettent en œuvre. Lors d’une action, que l’on va médiatiser bien entendu, il faudra faire savoir qu’elle a été possible par le financement d’une entreprise (apposer les images des financeurs sur les véhicules, à l’entrée des locaux, prendre des photos avec les jeunes et les directions de telle ou telle entreprise…). Voici quelques exemples : action nettoyage de La Moselle avec Suez, poste de médiation culturelle financé en partie par Engie, financement par la Caisse d’Epargne de chantiers rivières.

Mais quand on dit que ces capitalistes au grand cœur, jouant les dames patronnesses, que la situation des « catégories populaires » et en particulier de sa jeunesse émeut, financent ces actions, cela n’est pas gratuit. Le mécénat, comme toute action capitaliste, vise toujours un « retour sur investissement ». Au-delà donc d’une image, ce sont aussi des dégrèvements d’impôts sur les sociétés qu’il y a au bout. Mais cela, on le trouve très rarement mentionné dans les comptes-rendus des médias locaux … Etonnant, non ?

Sur le fond, le danger est là sur les orientations des actions de l’association : la place prise de plus en plus importante du mécénat privé risque de se traduire très concrètement sur le contenu des actions à venir. Aussi, cette évolution mise en parallèle avec les ordonnances Macron et la loi de financement de la protection sociale, par exemple, est une étape supplémentaire dans l’attaque des conventions collectives. Comme peuvent le dire certains financeurs publics « ceux qui payent décident ».

Il en est ici comme il en est dans l’Education (universités, etc.) et la formation. Nous n’avons aucune illusion sur le sujet et c’est pourquoi nous combattons cette orientation.