Histoire

AOûT 1953 : QUATRE MILLIONS DE GRéVISTES EN FRANCE !

Publié le 2018 M07 7 16:54

Voilà une grève « oubliée ». On cite souvent les grèves massives de mai-juin 1936 et 1968, parce qu’elles amenèrent de substantiels acquis aux salariés.

En période d’été, alors que de nombreux salariés sont en congés payés (d’une durée de deux semaines à l’époque), le gouvernement a pensé que faire passer une attaque en règle, notamment contre le régime de retraite des fonctionnaires et des agents des services publics comme la SNCF, EDF, RATP, etc., ne trouverait aucune réaction …

La journée de grève du 4 août 1953 à l’appel des fédérations CGT, de la confédération CFTC et de certains syndicats Autonomes est bien suivie. Mais on n’en resta pas là ! A Bordeaux, les postiers décident, en assemblée générale, de prolonger la grève en grève illimitée, reconductible. C’est l’étincelle …

Très vite cette décision des grévistes bordelais va se propager, et la fédération FO des postiers, ainsi que celles de la CFTC et des Autonomes rejoignent le mouvement. Les salariés imposent l’unité aux organisations syndicales. Postiers, SNCF, EDF-GDF, agents municipaux, de la santé, RATP, Air France … il y a 4 millions de grévistes le 13 août ! Les ministres sont même privés de téléphone, les bus et les rames de métro sont remplacés par des camions militaires … et l’armée occupe des centrales électriques, des centres de tris postaux.

Le 21 août, FO et CFTC tournent le dos aux grévistes en acceptant un compromis inacceptable. Mais la puissance de la lutte fera retirer les décrets-lois réformant les régimes de retraite. Il faut dire que le gouvernement a eu peur que cette grève se propage dans le secteur privé.

Alors oui, une grève massive en plein été, c’est possible. Et il ne sert à rien de dire « oui mais ça c’était avant, les gens étaient plus solidaires, gnagnagna… ». Quelques fois, ça démarre, sans que personne n’ai senti venir quoique que ce soit. Et de toute façon, ça va démarrer, aux militants de ne pas démoraliser les salariés, bien au contraire !