Culture

AVENTURE : EMBARQUé CHEZ LES ULTRAS DU FCSM

Publié le 2018 M04 17 19:31

Le 15 mars 2018, le groupe Tribune Nord Sochaux, bouillants supporters du Football Club Sochaux-Montbelliard (FCSM), groupe ultra, organisait une conférence dans la salle de presse du club. Le conférencier est Sébastien Louis, docteur en histoire, qui venait présenter son livre « Ultras. Les autres protagonistes du football », aux éditions Mare&Martin. Deux camarades de l’UL m’y ont entrainé. J’avoue que je n’étais pas rassuré… Des ultras, brrr ! Et moi qui ai horreur du foot !

Un docteur en histoire (Bac + beaucoup d’années !!) qui est invité par des ultras du foot ? C’est quoi ce truc ? Les ultras, ce ne sont pas ces débiles avinés et drogués, racistes, fachos, sexistes et homophobes, qui craquent des fumigènes, se battent entre eux et attaquent les policiers ? Comment pourraient-ils connaître un universitaire, et acheter son livre de 400 pages ! Bon y a bien quelques photos dedans, mais quand même, arriveront-ils à le tenir à l’endroit ce livre ? Ou alors c’est ce Sébastien Louis qui est un type bizarre. Dès le début de son intervention, il a avoué avoir été membre pendant plusieurs années du Commando Ultras 84 de l’Olympique de Marseille. Passionné par le mouvement ultra italien, devenu raisonnable à la grande joie de ses parents, le voilà qu’il se décide enfin à étudier, à devenir prof d’histoire, à faire une thèse, trois années d’écriture pour le livre, etc. Sa jeunesse de l’époque suffit-elle à le pardonner ?

D’entrée, Sébastien Louis annonce la couleur : le mouvement ultra fait partie de la culture avec un grand C, la Culture ! Oui la Culture populaire. Aidé de photos et de vidéos, il démonte tout autant les mythes que les ultras ont construit sur leur propre mouvement, que les mythes construits par d’autres pour dénigrer ce même mouvement. La violence ? Dans les stades de foot, elle a existé bien avant les ultras ! Et elle est extrêmement minoritaire. Et la violence sociale d’une usine qui ferme, produisant son lot de chômeurs ? Ce sont les mots mêmes de l’universitaire. Conquis que j’étais, un mec bien que ce Sébastien.

Je ne vais pas vous refaire la conférence, je vous invite à lire son livre, à disposition à l’Union Locale. Sébastien a démontré, avec l’exemple italien des années 70, comment le mouvement ultra du foot était un reflet de la société, de ce qui s’y passait notamment aux niveaux politique et social.

Puis il y a eu le débat avec la salle. Une cinquantaine de personnes. Très intéressant, avec des problèmes posés qui ne sont pas sans rappeler ceux que se posent les syndicalistes. Quelques exemples : « Comment attirer du monde ? Pourquoi nous ne sommes pas plus nombreux ? Nous ne voulons pas de ce foot du fric ! Nous sommes en conflit avec la direction du club de Sochaux, et pourtant nous sommes dans les locaux du club avec son autorisation, est-ce que ce n’est pas se compromettre ? ». Un jeune avouera : « moi, le foot comme jeu, je n’aime pas trop. Mais c’est de se retrouver au stade qui me plaît » ! Un ultra qui n’aime pas le foot, ça peut donc exister ? Mais ils y viennent pour quoi faire alors au stade ? Et passer toutes ces heures à confectionner des tifos, comme ils disent, à se déplacer en voiture, en bus, en camionnette, à l’autre bout de la France, pourquoi ?

L’exposé de Sébastien et le débat dans la salle ont montré que le mouvement ultra, mouvement de culture populaire, est un espace de liberté, que des personnes créent, et auto-organisent. N’y trouve-t-on pas là certaines des caractéristiques du syndicalisme de terrain que nous pratiquons ? Nous avons acheté son livre, dédicacé à l’Union Locale, il était étonné mais agréablement surpris.

Une chouette soirée. Et le buffet préparé par les ultras était nickel. Je précise qu’il n’y avait pas que de la bière, il y avait aussi de l’eau et des jus de fruits. Et aucune bagarre. Décidément, ces ultras sont surprenants, n’est-ce pas ? On m’aurait donc menti à leur sujet ?