Culture

LA SERVITUDE VOLONTAIRE

Publié le 2018 M03 23 15:55

Étienne de La Boétie est un écrivain humaniste et poète français, né en novembre 1530 à Sarlat près de Bordeaux. Il est célèbre pour le « Discours de la servitude volontaire ». Voici un commentaire d’un adhérent de l’Union locale qui en conseille la lecture.

Ce livre, disponible à la bibliothèque de notre Union Locale, remet en cause la validité des gouvernants. Pour l’auteur, ces maîtres (même élus) se distinguent par leur manque d'aptitude. La domination ne permet de dominer que les ignorants, le but étant simple: faire participer volontairement les dominés à leur domination. Le peuple est contraint, et pour une majorité, heureuse d'obéir. Ainsi, dans son élan de soumission voulue, le peuple devance même les désirs de son oppresseur. Pour lui, la domination infligée à la population est d'abord souhaitée par celle-ci. Une pyramide du pouvoir se construit où les tyrans dominent.

Dans son livre, l'auteur se pose cette question simple mais essentielle : « Pourquoi obéit-on ? ». Il répond qu’un homme seul ne peut asservir un peuple si ce peuple ne s’asservit pas d’abord lui-même, et ce sans même que la violence de l'Etat soit nécessaire. Cet édifice ne peut s'écrouler à la seule condition que les opprimés cessent de donner de leur plein gré leur corps et leur âme au tyran. Le pouvoir de libération se trouve dans les mains des opprimés et nulle part ailleurs ! Que peut-on dire de ces thèses ?

Ce n'est pas sans rappeler cette phrase de Karl Marx : « L’émancipation des travailleurs sera être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

La classe des travailleurs, soumise, oublie par lâcheté sa soif de liberté. Volontairement, elle se met en sommeil, elle anticipe sa défaite pour ne pas voir cette réalité qu'elle ne comprend pas. La génération de nos parents était également obligée de se prostituer pour le salaire mais avec une pensée de lutte et une conscience de classe plus éclairée, ce qui pouvait laisser croire à un changement futur. Aujourd'hui, leurs enfants se battent entre eux, entrent en concurrence encore plus férocement qu'avant pour s'attacher au « luxe du diable » , c'est à dire obtenir l'opportunité de se vendre à quelqu'un. Les futures générations naissent encore plus empreintes de cet esprit d’esclavage car elles n'ont pas eu accès à cette culture populaire humaniste plus facile d'accès auparavant par le travail militant... 

Ce déclin de culture renforce l'aptitude à accepter le nécessaire sans penser aux choses qui pourraient être vaincues par la lutte. Chacun accepte sa condition de naissance comme état naturel et les règles du jeu comme incontestables. On ne peut pas parler de fatalité, c'est la force dominante qui leur a inculqué la normalité. Le mal c'est la coutume, la routine, l'éducation imposée qui ne nous apprend qu'à servir, à boire ce poison sans grimacer. Le naturel de l'homme c'est la liberté. Il se perd car il ne l'entretient pas, le peuple se déshabille et entre au royaume des bêtes domestiquées. Mais la liberté ? Sais tu quelle goût elle a ? Combien elle est douce ? Ceux qui y goutent, la défendent ensuite de tout leur corps, la chassent partout où elle peut se cacher. Celui qui est libre, sent le poids de la domination et ne peut se contenir. Il nourrit une rage intérieure qui grandit, il se souvient de son âme d'enfant inapprivoisé. La servitude ne sera jamais à son goût même bien dissimulée. Il sent le vinaigre dans chaque plat qu'on essaye de lui faire manger.

Chaque poisson est alléché par le ver et se fait accrocher à l'hameçon, comme un homme avec l'argent. Le troupeau ne doit pas seulement travailler, mais aussi penser à satisfaire le chef. Il faut qu'il se plaise dans le plaisir du maître, qu'il laisse son goût pour le sien. Cela s'appelle-t-il vivre ? Finalement le travailleur est incapable de se souvenir que c'est lui, avec cette attitude égoïste qui donne la force de retirer le tout à tous. Il n'y a aucun crime digne de mort que celui de la propriété !

Ce livre nous montre que si nous sommes responsables de notre malheur, nous le sommes certainement tout autant de notre libération.