Nous voulons tout !

SALAIRE MINIMUM INTERPROFESSIONNEL DE CROISSANCE

Publié le 2018 M03 10 08:26

SMIC, ces quatres lettres ont une histoire de plusieurs décennies maintenant. Il est l'objet depuis un petit moment, et cela semble s'accélerer, d'un projet de détricotage comme l'ensemble du Code du Travail. Garantir un salaire minimum à un salarié ? Quelle drôle d'idée ! Et puis quoi encore ? Voilà le patronat et ses relais politiques partis à l'attaque d'une des plus importantes conquêtes sociales, issu de la plus grande (à ce jour !) grève générale en France. 

La loi du 11 février 1950 créée le SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti). Son niveau est très bas, des abattements de zones sont établis (son montant est différent selon que l'on soit à Paris, à Brest ou à Marseille), des secteurs professionnels en sont exclus (les employées domestiques), d'autres ont leur propre SMIG mais inférieur (agriculture, hôtels-cafés-restaurants), certaines catégories ont un abattement automatique (jeunes, personnes handicapées).  La bataille portera sur le budget-type pour fixer le montant du SMIG, dans une commission nationale où le patronat se montrera acharné à gratter le moindre centime.

La loi de juillet 1952 fait augmenter le SMIG en fonction de l'inflation ... mais seulement à partir de 5 %, faut pas exagérer non plus ! Les divergences seront alors fortes entre syndicats et patronat et son complice l'Etat pour déterminer un taux d'inflation. Cette culture de lutte sur ce taux d'inflation est désormais perdue du côté syndical, les conséquences ne sont pas négligeables, par exemple pour le SMIC lui-même et pour les retraites.

Au final, les luttes ayant permis de hausser les salaires (mais n'oublions que les fameuses "trente glorieuses" ont certes été synonymes de hausses des salaires, mais le nombre d'heures de travail de nos parents et grands-parents était aussi bien plus élevé...), le SMIG s'est retrouvé complètement détaché de nombreux taux de salaire. Mais ce SMIG de misère continuait tout de même à concerner des travailleurs.

Alors arrive la grève générale de mai-juin 1968, qui a compté jusqu'à 10 millions de grévistes. Et le SMIG augmenta de 35 %, et l'économie ne s'est pas effondrée ... Une loi de janvier 1970 transforme le SMIG en SMIC: finis les abattements de zones, le montant est fixé chaque année par le gouvernement, il doit suivre l'inflation dès qu'elle atteint 2 %, il doit augmenter automatiquement en tenant compte de la hausse de pouvoir d'achat du salaire moyen horaire brut ouvrier, et le gouvernement a la possibilité de donner "un coup de pousse".

C'est tout cela que patronat-gouvernement a en ligne de mire aujourd'hui. Sans ces mécanismes, déjà égratignés, ce n'est plus le SMIC. Rappelons qu'en 1994 la jeunesse s'était fortement mobilisée, suivie ensuite par des organisations syndicales, contre la mise en place d'un SMIC-jeunes, un SMIC au rabais.

Mais on ne peut se satisfaire de l'existant, nous revendiquons plus, car nous voulons tout ! La loi qui instaure le SMIC pose une limite importante aux accords sur les salaires. En effet, il est interdit aux accords de branche (conventions collectives) et d'entreprises de lier les évolutions de salaires au SMIC: la lii interdit l'échelle mobile des salaires en fonction du SMIC. Exemple: un accord en peut stipuler que tous les salaires de l'entreprise augmenteront au minimum selon la hausse annuelle du SMIC. Faire sauter cette clause est important. Car son existence favorise la situation actuelle où ce n'est plus le salaire minimum qui est décroché de l'évolution moyenne des salaires, mais l'inverse. De plus en plus de cas, c'est le SMIC qui se rapproche des autres salaires.

La CGT revendique aujourd'hui un SMIC mensuel brut à 1800 € pour un temps plein de 32 heures par semaine. Ce qui correspond à peu près à une hausse du taux horaire du SMIC de 31 % (avec un taux actuel du SMIC de 9.88 €/h). Soit la même hausse qu'après la greve massive de mai-juin 1968. On fête cette année ses 50 ans, ce serait bête de rater un tel anniversaire ... 

 (photo: les grévistes du Carrefour de Jeuxey ont investi le magasin le matin du 31 mars 2018)