Nous voulons tout !

LA SÉCURITÉ SOCIALE PROFESSIONNELLE

Publié le 2018 M03 7 13:43

La CGT revendique depuis plusieurs années déjà une nouvelle grande conquête sociale, à laquelle elle a donné le nom de Sécurité Sociale Professionnelle. Celle-ci se situe dans la lignée d’autres grands conquis sociaux, fruits de mémorables luttes du mouvement syndical.

Quel est le lien entre les congés payés, les congés maternité et paternité, les indemnités journalières de sécurité sociale et le complément de salaire en cas d’arrêt de travail, la mensualisation du salaire, les allocations de chômage ? Les salariés considèrent tous ces acquis comme des droits, gagnés en 1936, 1946, années 50 à 70, etc. Mais c’est souvent sans connaître le discours patronal et de ses larbins, à chaque fois qu’il a été question d’un de ces acquis sociaux, et qui est toujours le même : « Pourquoi payer un salarié alors qu’il n’est pas au boulot ? ». Et oui, pourquoi ? Si on ne travaille pas, on ne devrait pas être payé, c'est logique, non ? Car le patron, lui, considère qu'il travaille tout le temps ...

En effet, recevoir son salaire alors que l’on est en congés payés, voilà bien une idée qui apparaissait délirante avant que des millions de grévistes en mai et juin 1936 n’en imposent l’obligation.

Quand l’ouvrier était payé à la semaine ou à la quinzaine, cela était « normal », il était payé pour les jours où il était présent. Si le patron n’avait pas de travail à lui faire faire deux ou trois jours dans la semaine, c’était autant de salaire en moins. Avec la mensualisation, ce n’est plus pareil. Mon salaire doit couvrir, plus ou moins bien, mes besoins du mois : c’est comme si les jours de repos, donc non travaillés, dans la semaine étaient payés. On connait mieux les grèves de 1936, la sécurité sociale, etc. On connait bien moins les luttes des années 50 à 70, à l’exemple de celles des ouvriers sidérurgistes pour gagner la mensualisation de leurs salaires, à l’égal des employés et des cadres. D’ailleurs à l’époque, on disait « ouvriers » et « mensualisés » pour bien différencier les statuts. Or cela il a donc fallu l’imposer aux patrons : être payé même le jour de repos.

Quand la salariée est en congé maternité, quand son collègue est en arrêt de travail, pour quelles raisons faudrait-il les payer puisqu’il n’y a pas de production réalisée ? Cela paraît scandaleux de parler ainsi ? Mais c’était le cas des patrons avant que tout cela ne soit gagné. Et c’est encore le cas dans de nombreux pays et pour des dizaines de millions de personnes. Que la sécurité sociale et le régime de complément versent un salaire quand on est en arrêt, voilà bien une situation qui n’est pas « naturelle », car elle résulte de luttes sociales.

Pour résumer, ce qui relie donc toutes ces situations, c’est que l’on reçoit un salaire non seulement parce qu’on est sur son poste de travail, mais aussi quand on n’y est pas.

La Sécurité Sociale Professionnelle se place dans cette ligne. Le chômage n’est pas de la responsabilité du salarié, mais celle d’un système économique où la minorité qui détient les pouvoirs politique, productif, financier impose la loi du profit maximal. Pour cette minorité, si elle ne trouve plus d’intérêt à continuer à faire travailler à son profit tels salariés à tel endroit, et bien elle ferme l’entreprise et supprime les salaires. Les allocations de chômage sont là pour atténuer cette violence. Et là aussi, remarquons ce fait : des chômeurs reçoivent un salaire (certes faible) mais sans que des patrons ne reçoivent du profit. Et bien la Sécurité Sociale Professionnelle, telle que la revendique la CGT consiste à dire : « poursuivons dans la lignée de nos grands conquis sociaux, la Sécurité Sociale Professionnelle consiste à maintenir le contrat de travail, et donc à maintenir le salaire du salarié licencié ou en fin de contrat ». Comment ? Et bien en faisant comme pour la Sécurité sociale : en créant une caisse interprofessionnelle qui recevra des cotisations qui seront donc prises sur les profits des patrons, et qui maintiendra le salaire entre deux contrats de travail.

Délirant ? Rappelons-nous, les congés payés c’était « délirant » ; payer des retraités, c’était « délirant » ; payer des malades et des jeunes mamans, c’était « délirant », etc. A chaque fois, l’économie allait s’écrouler, la « concurrence et la compétitivité » des autres pays seraient intenables, etc.

La Sécurité Sociale Professionnelle consiste à franchir un nouveau cap dans l’émancipation des salariés : ne plus avoir peur de perdre son salaire. Alors pourra s’ouvrir une nouvelle période : celle où les productrices et les producteurs des richesses décideront de ce qu’il faut ou pas produire, comment et avec quoi le produire, et où le produire. Bref, l’intérêt de toutes et tous, en garantissant les conditions possibles de vie sur la planète. Le profit maximal pour une minorité qui exploite ne sera plus de mise.

(photo: plaque d'une rue de la ville d'Alès, dans le Gard, août 2016)

Ambroise Croizat: ministre communiste du travail et de la sécurité sociale en 1946-1947, il a mis en place cette dernière, secrétaire général de la fédération CGT de la métallurgie